Révision de la constitution



logo

L’article 2

Article 2… La langue française est la langue de la République « dans le respect des langues régionales qui font partie de son patrimoine »……

Gwen Ha Du

Merci Marc Le Fur, le 21 novembre 2002, à l’Assemblée Nationale, tu as fait ton devoir d’élu de Bretagne, en défendant, contre l’avis de l’état major parisien de ta formation politique, à l’occasion d’une révision de la constitution, l’amendement souhaité par tes électeurs bretons, pour la mettre en accord avec l’Europe. D’autres suivront ton exemple au fil des années, en pure perte.

Les Assemblées réunies en congrès, auront encore eu la possibilité de modifier la Constitution en 2005, pour la rendre compatible avec la Constitution européenne. Mais l’article 2 restera sans doute encore longtemps une verrue sur le nez de notre démocratie en trompe l’œil. Cet article 2, de facture récente, n’a été introduit dans la Constitution qu’en préalable à la ratification du traité de Maastricht, pour défendre la francophonie face à la langue anglaise hors des frontières de la France. Nos jacobins ont habilement détourné cet article pour en faire un objet de frustration pour les régions qui, à travers le temps, ont conservé une âme forte.

Nous connaissions en 2002, la position hostile à la cause bretonne du Président de la Région, le noble De Rohan. Ce personnage, par une attitude servile envers le Pouvoir parisien, ne fit que remplir sa part du contrat moral passé avec le Parti politique qui lui avait offert son poste d’élu. La puissance du Parti hégémonique qui contrôlait le pays, semblait bien le tenir à l’abri d’une éventuelle future désillusion électorale. Les électeurs de Bretagne devaient lui apporter un solide démenti vers la fin du mois de mars 2004, en le repoussant vers Paris, où un fauteuil de substitution doré, l’attendait.

L’opportunisme politicien de la majorité de nos élus peut-il être assimilé à un carriérisme détaché des préoccupations des électeurs, à de la collaboration intéressée avec un Etat jacobin dictatorial et coercitif ou bien à de la forfaiture, au regard du patrimoine linguistique et des exigences culturelles légitimes de leurs Régions ? Les représentants du peuple à l’Assemblée Nationale, dont la vocation initiale était d’exprimer les doléances populaires, ont totalement dévoyé leur vocation, pour se transformer, au fil du temps, en sorte de courroie de transmission décervelée de l’Etat, destinée à porter la «bonne parole » jacobine vers les indécrottables « culs terreux » au cerveaux englués par la glèbe de leurs terroirs.

Le schéma reste le même, quel que soit le Parti de Gouvernement au pouvoir. Leurs instances dirigeantes sont en effet très majoritairement composées d’Énarques soigneusement « formatés » pour être les serviteurs de l’Etat dans le cadre du parisianisme le plus restrictif, creuset dans lequel fondent les ressources de l’impôt et les subventions européennes. Toute révision de la constitution susceptible d’ouvrir l’horizon parisien est une atteinte à la culture de cette nouvelle noblesse d’Etat.

Ce nombrilisme d’Etat décrète hors la loi les aspirations culturelles profondes concernant les langues ancestrales des populations administrées sur l’ensemble du territoire national. Les élus du peuple à l’Assemblée nationale, complices de cette sorte de crime culturel, ne se préoccupent plus de devoir rendre des comptes à leurs électeurs, mais seulement d’obtenir l’investiture de l’un de ces grands Partis politiques établis dans de somptueux locaux, au cœur d’un beau quartier parisien. Cette investiture ne leur sera accordée que s’ils ne sont pas suspects de velléités culturelles régionalistes. Quand l’un d’entre-eux, trop proche de sa base électorale et pris d’un salutaire sursaut de conscience, se rebelle, il se voit immanquablement opposer un autre candidat de sa formation politique à l’occasion de l’échéance électorale suivante.

Le message délivré par l’Etat est sans ambiguïté. Par la voix de ses Députés, la République rejette, sur l’ensemble de son territoire, la simple notion de respect pour toute autre langue que la langue française. Le crime culturel commis par l’Etat depuis plus d’un siècle connaît de régulières récidives au fil des années à chaque fois que des réclamations légitimes sont formulées. Aucune condamnation internationale, aucune considération d’ordre culturel, humaniste ou patrimonial, ni même le plus élémentaire respect de conventions internationales dont il est signataire, ne semble devoir altérer l’acharnement de l’Etat à effacer définitivement le souvenir des langues que parlaient encore nos grands-parents. L’intégrisme obscurantiste dont fait preuve la quasi-totalité du corps enseignant de l’école de Jules Ferry, par l’activisme doctrinaire de ses associations, fait mal augurer de l’ouverture d’esprit montré en exemple à nos enfants. On remarquera qu’aux État Unis d’Amérique, en 2003, une étude démontrait que 20% de la population parlait une autre langue que l’anglais à la maison, et il ne semble pas que cette particularité soit un frein au dynamisme du pays, ni au patriotisme de ses citoyens. Sur le sujet, la philosophie française est plus proche de celle d’un pouvoir algérien qui s’est longtemps opposé à la reconnaissance de la langue berbère.

Mais cela ne suffit pas. Il faut nier complètement la Bretagne, effacer son nom de la carte administrative en imaginant une autre appellation comme « Grand Ouest » ou « Région Ouest ». Jusqu’où le révisionnisme culturel de l’Ogre liberticide ira-t-il ? Plus sa position se révèle à l’évidence contraire aux « Droits de l’Homme » dans une analyse de simple bon sens, plus son attitude réactionnaire devient hargneuse. Les officines gouvernementales spécialisées dans les basses œuvres, devront encore imaginer quelques plans fumeux et montrer quelques boucs émissaires sur la scène d’une justice d’exception, pour entretenir artificiellement l’illusion d’un Etat Nation, patrie des Droits de l’Homme. La méthode a prouvé son efficacité et sa mise en œuvre périodique est nécessaire pour donner une apparence de crédibilité à la menace de démembrement de la Nation. Cette ineptie est régulièrement clamée depuis la tribune de l’Assemblée Nationale, quand il faut river le clou de quelque député mécréant s’étant permis une allusion à la sauvegarde des langues nationales régionales.

Fort de la prise de position de l’Assemblée Nationale, le Conseil Constitutionnel enfonce le clou, annulant purement et simplement, arrêté et circulaire ministériels pris par un gouvernement de Gauche, à l’occasion d’une fugace velléité d’humanisme culturel. Ces mesures, prises en faveur d’un hypothétique sauvetage des langues en péril, son annulées au motif d’un «excès de pouvoir » de cette équipe gouvernementale. Le Conseil Constitutionnel, sait de quoi il parle. N’a-t-il pas, par son pouvoir discrétionnaire, mis certain haut personnage de l’Etat cité à comparaître dans quelques affaires tenant plus de la délinquance mafieuse que de la Raison d’Etat, hors d’atteinte de la Justice. Par cette bonne manière, le Président du Conseil constitutionnel d’alors pouvait également espérer un retour de bons offices de la part du Ministère public qui avait à connaitre de quelques agissements condamnables.

L’Assemblée Nationale appelée à se prononcer sur toute révision de la constitution n’y trouvait rien à redire. N’avait-elle pas, quelques années plus tôt, largement voté une Loi auto-amnistiante au profit d’un aréopage de délinquants plus préoccupés par le blanchiment d’argent que par leurs obligations d’élus?

« – Mon grand-père parlait breton. Je ne parle pas la langue de mon grand-père et pourtant je n’ai pas quitté mon pays. Si vous ne considérez pas là qu’il y a eu un terrorisme intellectuel, il faudra m’expliquer. »

Patrick Le Lay, patron de TF1 dans un entretien avec la revue « BRETON »n°2 de septembre 2005.

Liberté, Égalité, Fraternité….. Les Bretons, confrontés en permanence à la coercition larvée de l’Etat, essayent toujours de trouver dans la façon dont ils sont traités, un sens à la devise nationale.

Kan ar Peulvan

septembre 2005