BRETON D’ARMORIQUE



BRETON D’ARMORIQUE

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« On ne naît pas Breton, on le devient à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer »

Xavier Grall

Les dernières découvertes des universitaires, spécialistes de la civilisation celtique, amènent à s’interroger sur la situation des Bretons armoricains au regard de la migration des Celtes à travers l’Europe au cours de la protohistoire. La définition du Celte repose sur une langue et une trame culturelle qui s’est autant propagée par contact entre les peuples que par vagues conquérantes des tribus celtes.

A la pointe extrême du continent européen, l’Armorique présente la particularité de constituer une limite au déplacement des migrants vers le soleil couchant. Chaque fois que de petits groupes humains sont arrivés dans la péninsule, ils s’y sont fixés. Les découvertes archéologiques faites sur la partie occidentale de la péninsule armoricaine attestent d’une présence humaine qui s’est adaptée aux variations du niveau de la mer à travers les âges. Le pays du Léon possède des traces objectives de présence humaine qui remontent à la période post-glaciaire de l’Epipaléolithique. Dans le Finistère, à la pointe de l’Armorique, la période 10000 à 4500 se signale par les industries lithiques, les abris aux pieds des falaises et dans des grottes sur la couronne littorale. La période 4500 à 2000, est marquée par les constructions  mégalithiques, par exemple: Barnenez en Plouezoc’h, de Carn en Ploudalmézeau et de Guennoc en Landéda.

Vers le Vème millénaire avant notre ère, la trame d’une culture qui s’appuie sur une idéologie, dite tripartie, et des langues présentant de nombreuses similitudes, s’est répandue sur une vaste zone géographique entre l’Inde et la limite occidentale de l’Europe, sans doute depuis une position d’origine médiane. Elle proposait une vision du monde qui inspirait la spiritualité dans le domaine de la cosmogonie et des croyances. De cette trame ont émergé les cultures particulières de nombreux peuples. Outre leurs traditions, les populations imprégnées de cette façon de penser apportaient des techniques d’agriculture et d’élevage. Dans sa propagation vers l’ouest, cette culture particulière, est parvenue jusqu’aux rivages de la Mer du Nord. Elle a ensuite poursuivi sa progression vers le sud le long des côtes du continent européen et vers les îles situées plus à l’ouest, portée par des groupes humains très tôt au fait de l’art de la navigation. Il n’y a aucune raison qui s’oppose à ce que l’Armorique ait été très tôt touchée par cette trame culturelle et spirituelle commune aux nombreux peuples d’Europe qui partageaient une même idéologie et des croyances semblables.

Au Mésolithique, des peuples cardiaux se répandent autour de la Méditerranée. Au Néolithique ces peuples atteignent la face atlantique sud de l’Europe et y multiplient les constructions mégalithiques. Issus de ces peuples, des groupes arrivent en Armorique et s’y fixent de la même manière que tous leurs prédécesseurs. Ces nouveau groupes humains se mélangent aux populations présentes dans la péninsule et enrichissent le corpus culturel armoricain de leurs apports particuliers. La culture funéraire des peuples cardiaux s’exprime dans la construction de cairns et de dolmens. La signification des autres constructions mégalithiques, menhirs et cercles de pierres reste encore largement inexpliquée. L’Armorique s’est ainsi trouvée à un point de rencontre de deux grandes cultures originales, dont l’une pratiquait le culte des morts et édifiait des sépultures monumentales et dont l’autre avait une vision du monde inspirée d’une idéologie tripartie partagée par les Celtes. Ce ne fut sans doute pas un choc frontal, mais probablement une imprégnation des traditions des descendants des plus anciens arrivés par celles des nouveaux, dans une adaptation culturelle progressive. La population de l’Armorique s’est renouvelée par la combinaison de reproduction génétique et d’enrichissement démographique des groupes de migrants.

Ce n’est qu’à partir du VIème siècle avant notre ère, que des observateurs grecs et latins firent mention d’un peuple particulier, dans le nord de l’Europe, qu’ils nommèrent « Keltoï » en grec et « Celtae » en latin. Ces communautés en mouvement, qui parfois s’intégraient momentanément aux populations autochtones, se distinguaient par un comportement guerrier et une même langue dans laquelle devaient apparaître quelques variantes régionales à partir du début du premier millénaire avant notre ère. Le Celte n’est pas le représentant d’une ethnie particulière. Il se définit par une langue, un comportement et une façon de penser le monde, dans un ensemble culturel bien identifié par des observateurs de l’Antiquité à partir du VIème siècle avant J.C.

Le navigateur massaliote Pythéas est le premier observateur à avoir cité le peuple de la pointe d’Armorique sous le nom d’Osismii (les Osismes) au IVème siècle avant J.C.  L’origine Indo-européenne du mot « Osismii », laisse entendre que ce peuple partageait l’idéologie tripartie et une certaine vision cosmogonique du monde qui singularisait la culture des Celtes. Leurs pratiques funéraires au premier âge du Fer renvoient à un arrière-plan culturel homogène. Leurs divinités étaient anonymes et invisibles. Après avoir principalement tiré leur subsistance de la mer, ils maîtrisaient l’agriculture et l’élevage depuis l’âge du Bronze.

Pour l’universitaire, historien, philologue où archéologue, il reste important de savoir si les Celtes sont physiquement venus en Armorique et à quelle époque ils s’y seraient établis. Cela serait-il antérieur au milieu du premier millénaire avant notre ère, selon le témoignage de Pythéas, ou se limiterait-il à la migration des Bretons de l’île de Grande Bretagne arrivés avec leur langue brittonique vers le milieu du premier millénaire de notre ère.

L’Armoricain est sans doute le fruit de l’assimilation des groupes humains de diverses provenances qui se sont installés dans la péninsule et dont le Breton actuel est l’exemple le plus récent. Comme dans d’autres régions, il est en Armorique le produit de tous les présents vécus, psychiquement et socialement,  par une population soumise à l’actualité de la culture ambiante au cours d’une lente maturation, depuis la rencontre de l’homme de Neandertal avec l’Homo Sapiens vers -45.000 ans avant J.C. Et pour cause, aujourd’hui, les études des généticiens montrent qu’un pourcentage significatif du génome néandertalien se retrouve dans celui des humains contemporains.

Alors le Breton contemporain est-il Celte ou celtomane ?

La réponse est nuancée en fonction du point de vue où on se place. Pour quelques universitaires, même en présence d’une langue celtique minoritaire, mais toujours vivante, le compte n’y est pas et il s’agit plus d’une celtomanie associée au romantisme de la littérature arthurienne où de folklore dans le meilleur des cas. Les nombreuses découvertes archéologiques et les lectures qu’ils en font, participent à nourrir le niveau de connaissance. Mais le scientifique ignore parfois un important facteur humain moins concret, ce qui peut-être source d’incompréhension.

Gwen Ha Du

Gwen Ha Du

Le Breton, citoyen du Monde, Européen et Français est Breton avant toute chose. Comme le Celte, le Breton n’est pas concerné par un quelconque caractère ethnique. Il est le fruit d’une culture qui induit une vision du monde particulière et d’une mixité humaine qui remonte aux premiers peuplements de la péninsule. Il est attaché à la Bretagne et fier de son terroir, de ses compatriotes et de ses ancêtres, de ses coutumes et de sa culture contemporaine qui redonne des couleurs éclatantes à la culture celtique en l’inscrivant dans le monde moderne.

La Bretagne, pays indépendant, a été rattachée à la France en 1532 et administrée à la manière d’une colonie lointaine. Depuis la Révolution française, les gouvernements successifs y conduisent une politique de négationnisme culturel, véritable crime contre l’humanité au regard des Droits de l’homme et de ceux de la personne humaine. Les Bretons durent subir la réputation d’être des sauvages incultes à civiliser. Représentant d’un monde révolu, les Bretons étaient traités de « plouc ». Malgré la volonté du Gouvernement de la France à vouloir éradiquer leur culture, les Bretons ont toujours conservé la profonde sensation de leur identité particulière, indissociable d’une certaine fierté, liée à la Bretagne historique. La sensation d’appartenance du Breton à la Bretagne est renforcé par un sentiment d’injustice qui grandit avec la révélation de l’histoire de la Bretagne, enfin échappée des oubliettes dans lesquelles le parisianisme jacobin du Gouvernement de la France l’avait emprisonnée.

La réputation du Breton dans le monde est notoirement associée à un caractère fort, souvent sans compromission, comme à des valeurs humanistes de courage, de solidarité et d’hospitalité. La péninsule armoricaine a psychologiquement marqué le peuple qu’elle a accueilli sur sa terre. La magie de la Bretagne fait que chaque habitant, peu importe son origine ethnique et géographique, dans la mesure où il se tient à l’écart des dogmes religieux ou politiques qui incarcèrent l’esprit, finit presque toujours par se sentir Breton dans l’âme où au pire « Breton de cœur ». En Bretagne, chaque habitant a le sentiment d’être « chez lui ». Certains, de plus en plus nombreux, revendiquent l’héritage des Celtes, par affinité avec une pensée et une spiritualité qui présentent un caractère d’universalité par les valeurs de solidarité de partage et de courage entretenues au cœur de la population. Il n’y a ici rien de scientifique, il y a une affaire de cœur, un attachement à la culture bretonne, un ressenti et un sentiment, des notions qui relèvent de l’âme et non des recherches scientifiques. Cependant, le Breton bretonnant parle une langue celte et de ce fait, comme pour ses ancêtres, aucun scientifique ne peut lui dénier la légitimité de se sentir héritier des Celtes. Cela explique peut-être un certain acharnement des gouvernements successifs à vouloir l’extinction de la langue bretonne et l’effacement d’une certaine fierté liée au sentiment d’appartenance à la Bretagne, sentiment qui agace prodigieusement les héritiers des premiers Jacobins coupeurs de têtes. Aujourd’hui le terme de « plouc » qui désigne les représentants d’un monde révolu, est le plus adapté pour désigner les tenants d’une politique centralisée complètement dépassée, qui brident le dynamisme des régions et asphyxient les économies régionales.

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Les cinq départements de la Bretagne

La Bretagne de la Duchesse Anne, dont la devise était « kentoc’h mervel eget bezan saotret » (plutôt la mort que la souillure), n’en est pas moins concernée par les peurs que produisent les idées brunes qui corrompent les esprits au point de faire oublier tout sentiment d’humanité. Hier, en Europe, cela se traduisait par la « Solution finale » imaginée par les Nazis pour les Juifs, les Franc-maçons, les communistes, les homosexuels, les handicapés mentaux et les handicapés physiques. Aujourd’hui, les discours de quelques leaders politiques faiseurs d’opinions rappellent cette période infamante de notre histoire. A les écouter, se sont les familles d’immigrés qu’il faudrait rejeter à la mer ou renvoyer vers leurs pays dévastés par une nouvelle guerre de religion et vers leurs bourreaux. Comme par le passé, le Breton d’Armorique, imprégné de ses valeurs ancestrales et de sa culture de l’honneur tente de résister à la propagande raciste et xénophobe, qui prive l’homme de son honneur et de son humanité pour l’abaisser au niveau de l’animal.

Le Breton pense, parle et agit pour l’honneur de son existence et pour celui de la Bretagne, un territoire cohérent doté d’une histoire forte et d’une culture riche, qui affirme son identité par les symboles modernes d’un drapeau et d’un hymne conçus au XXème siècle dans un sursaut de fierté nourri par ses racines profondes.

Kan ar Peulvan septembre 2015

Dernière mise à jour le samedi 27 février 2016

Voir: « Les Osismes peuple de l’Occident Gaulois » de Patrick Galliou  éd. Coop Breizh 2014

« La Bretagne préhistorique » de Yannick Lecerf éd. Skol Vreizh  2014

« Mais où sont passés les Indo-européens » par Jean-Paul Demoule éd. du Seuil 2014

« Sapiens Une brève histoire de l’humanité » par Yuval Noha Hariri éd Albin Michel septembre 2015.

« Regards étonnés…de l’expression de l’altérité à la construction de l’identité », ouvrage collectif par l’Association Les Amis de Gaël Milin à la Faculté Victor Ségalen de Brest en 2003